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Fraude et exploitation financière : repérer, protéger, signaler

Les fraudeurs visent les aînés avec des scénarios très au point : faux petit-enfant en détresse, faux enquêteur bancaire, fausse histoire d’amour, faux soutien technique, voix imitée par l’intelligence artificielle. Cette autoformation vous apprend à reconnaître ces stratagèmes et leurs signaux, à appliquer les règles de la résidence qui protègent l’argent des résidents et votre propre intégrité, et à réagir quand une fraude est en cours ou qu’un proche exploite un résident.

30 min · 3 capsules · quiz (seuil 80 %)

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Capsules

  1. 1

    Les arnaques qui visent les aînés

    5 min
    Capsule vidéo en tournage

    Les arnaques qui visent les aînés

    Les fraudes visant les aînés suivent des scénarios connus : faux petit-enfant en détresse, faux enquêteur bancaire ou policier, fraude sentimentale, investissement, hameçonnage, faux technicien, voix imitée. Elles se trahissent par quatre signaux : urgence, secret, paiement inhabituel et messager.

    Lire la capsule (transcription)

    Dix heures. Le téléphone de monsieur Bergeron sonne. Une voix jeune, en larmes : « Grand-papa, c’est moi. J’ai eu un accident, je suis au poste de police. Il faut six mille dollars pour ma caution. S’il te plaît, ne dis rien à maman. » Puis un « avocat » prend l’appareil : un messager passera chercher l’argent à la résidence, à quinze heures.

    Ce scénario est l’un des plus connus. En 2025, le Centre antifraude du Canada a reçu plus de cent douze mille signalements, pour plus de sept cents millions de dollars de pertes. Et on estime que seulement cinq à dix pour cent des fraudes sont signalées. Les aînés sont particulièrement visés : ils ont souvent des économies, une ligne fixe, et la peur pour leurs proches est un levier puissant.

    Le faux enquêteur bancaire ou le faux policier, maintenant. « Votre compte est piraté. Pour l’enquête, coupez votre carte en deux, on passe la chercher. » Ou : « Donnez-nous le code que vous venez de recevoir par texto. » Le Centre antifraude est clair : les institutions financières et les services de police ne demandent jamais de remettre une carte bancaire, et ne vont pas chercher des cartes au domicile des gens.

    D’autres fraudes prennent plus de temps. La fraude sentimentale : un nouvel « ami » rencontré en ligne, très attentionné, qui finit par avoir besoin d’argent. L’investissement miracle, souvent en cryptomonnaie. Le texto qui imite le gouvernement ou une compagnie de livraison. La fenêtre qui annonce un virus et un faux technicien qui demande l’accès à l’ordinateur. À retenir : aucun organisme gouvernemental n’exige de paiement en cryptomonnaie.

    Une nouveauté inquiète les experts : la voix imitée. Avec quelques secondes d’un enregistrement, l’intelligence artificielle peut imiter la voix d’un proche. Et le numéro affiché peut être falsifié, lui aussi. La parade est simple : raccrocher, puis rappeler la personne à un numéro qu’on connaît. La Sûreté du Québec conseille aussi aux familles de convenir d’un mot-code, de vive voix, à demander en cas d’appel urgent.

    Quel que soit le scénario, les mêmes signaux reviennent. Un : l’urgence. Il faut agir tout de suite. Deux : le secret. « Ne dis rien à personne. » Trois : un paiement inhabituel : argent comptant, cartes-cadeaux, cryptomonnaie, virement. Quatre : un messager ou une visite pour récupérer l’argent ou la carte. Un seul de ces signaux doit faire lever un drapeau.

    Revenons à monsieur Bergeron. L’urgence : la caution, tout de suite. Le secret : « ne dis rien à maman ». Le paiement : six mille dollars comptant. Le messager : à quinze heures, à la résidence. Quatre signaux sur quatre. Et un fait que le Centre antifraude rappelle : au Canada, personne n’est libéré après avoir payé une caution en argent comptant ou en cryptomonnaie.

    Retenez. Les fraudeurs sont des professionnels, et tout le monde peut se faire prendre. Quatre signaux : urgence, secret, paiement inhabituel, messager. Un vrai policier ou un vrai banquier ne demande jamais d’argent ni de carte, et ne vient jamais les chercher. Une voix peut être imitée : on raccroche et on rappelle un numéro connu. Dans la prochaine capsule : les règles de la résidence qui protègent les résidents, et vous.

    • Fraude « urgence » : faux petit-enfant, faux avocat, messager qui vient chercher l’argent.
    • Une banque ou la police ne demandent jamais de remettre une carte et ne viennent jamais la chercher.
    • Aucun organisme gouvernemental n’exige de paiement en cryptomonnaie.
    • Une voix et un numéro affiché peuvent être imités : raccrocher, rappeler un numéro connu.
    • Quatre signaux : urgence, secret, paiement inhabituel, messager.
  2. 2

    Protéger sans juger : les règles de la résidence

    5 min
    Capsule vidéo en tournage

    Protéger sans juger : les règles de la résidence

    Le personnel ne manipule jamais l’argent, les cartes ni le NIP d’un résident, n’accepte aucun don, legs, prêt ni cadeau de valeur, et ne laisse monter aucun visiteur non annoncé qui vient pour de l’argent. On refuse avec chaleur, on remarque les signaux et on en parle au responsable, en respectant l’autonomie du résident.

    Lire la capsule (transcription)

    Madame Vachon tend une enveloppe à Julie : « Deux cents dollars, pour te remercier. Tu es si gentille. » Puis elle ajoute : « Et pendant que tu y es, pourrais-tu aller me retirer de l’argent ? Voici ma carte, mon NIP est écrit derrière. » Madame Vachon veut faire plaisir. Julie veut rendre service. Et pourtant, accepter mettrait les deux en danger.

    Première règle : vous ne manipulez jamais l’argent, les cartes ou le NIP d’un résident. Pas de retrait, pas d’achat avec sa carte, pas de NIP noté quelque part. Si un résident a besoin d’aide pour ses finances, on en parle au responsable, qui verra avec lui et ses proches. Cette règle protège le résident. Elle vous protège aussi : personne ne pourra jamais vous accuser d’avoir mal utilisé son argent.

    Deuxième règle : aucun don, aucun legs, aucun cadeau de valeur. Le code d’éthique de toute RPA doit interdire au personnel d’accepter des donations ou des legs des résidents, et de les solliciter. Le Code civil va plus loin : un legs fait à un employé d’une résidence où la personne recevait des services est sans effet, sauf s’il s’agit de son conjoint ou d’un proche parent. Même un prêt, même « juste pour dépanner », est exclu.

    Comment refuser sans blesser ? Avec chaleur : « Merci, ça me touche beaucoup. Mais je n’ai pas le droit d’accepter. Votre sourire me suffit. » Si le résident insiste, ou s’il offre souvent de l’argent au personnel, parlez-en à votre responsable : ce peut être le signe qu’il est vulnérable, ou que quelqu’un en profite déjà.

    Troisième règle : aucun visiteur non annoncé ne monte voir un résident pour de l’argent. Un « messager » qui vient récupérer une enveloppe, un « technicien de la banque », un « huissier » : ce sont des signaux d’alarme. À la réception, on ne le laisse pas monter, on ne lui remet rien, et on avise le responsable. Pour un faux réparateur, même réflexe : on vérifie auprès du responsable si une visite est prévue.

    Enfin, la vigilance au quotidien. Un résident anxieux après un appel, qui parle de secret. Des taxis répétés vers la banque. Des colis ou des livraisons inhabituels. Un nouvel « ami » très présent qui l’accompagne pour ses affaires. Un résident qui n’a soudain plus d’argent pour ses petites dépenses. Vous n’enquêtez pas. Vous remarquez, et vous en parlez au responsable.

    Et l’autonomie du résident ? Un résident a le droit de gérer son argent, même d’une façon qui vous surprend. Votre rôle n’est pas de décider à sa place, ni de le juger. C’est de l’informer, de le protéger des fraudeurs, et de signaler quand quelque chose cloche. Respecter ses choix, ce n’est pas fermer les yeux.

    Revenons à Julie. Elle remercie madame Vachon chaleureusement et refuse l’enveloppe. Elle ne prend pas la carte et propose d’en parler au responsable pour trouver une solution sûre. Retenez : jamais l’argent, la carte ni le NIP. Aucun don, aucun legs, aucun prêt. Aucun visiteur non annoncé pour de l’argent. Dans la dernière capsule : que faire quand une fraude est en cours.

    • Jamais l’argent, les cartes ni le NIP d’un résident.
    • Aucun don, legs, prêt ni cadeau de valeur : le code d’éthique l’interdit.
    • Refuser avec chaleur : « Merci, ça me touche, mais je n’ai pas le droit. »
    • Messager, technicien ou huissier non annoncé : on ne laisse pas monter, on vérifie.
    • Respecter l’autonomie du résident sans fermer les yeux sur les signaux.
  3. 3

    Fraude en cours : interrompre, soutenir, signaler

    5 min
    Capsule vidéo en tournage

    Fraude en cours : interrompre, soutenir, signaler

    Devant une fraude en cours, on interrompt calmement, on explique le stratagème et on invite le résident à rappeler son proche à un numéro connu ; si une remise d’argent est en cours, on appelle le 911 sans confronter. Après une fraude : banque, police locale, Centre antifraude, et soutien sans jugement. Un proche qui exploite un résident commet de la maltraitance financière, à signaler.

    Lire la capsule (transcription)

    Quatorze heures cinquante. Monsieur Bergeron est assis dans le hall, une enveloppe sur les genoux. Il regarde la porte toutes les trente secondes. Quand vous lui demandez s’il attend quelqu’un, il répond : « Un messager. C’est pour mon petit-fils. Je ne peux rien dire. » Dans dix minutes, l’argent sera parti.

    Premier geste : interrompre, calmement. Asseyez-vous près de lui. « Monsieur Bergeron, je m’inquiète pour vous. Est-ce qu’on vous a demandé de garder ça secret ? » Expliquez sans le juger : « C’est un stratagème connu. La police ne libère personne contre de l’argent comptant. » Proposez-lui d’appeler son petit-fils, ou sa fille, au numéro qu’il connaît. Pas celui qui l’a appelé.

    Le messager arrive, ou il est en route ? C’est un crime en cours : appelez le 911. Ne lui remettez rien, ne le laissez pas monter, et ne le confrontez pas vous-même : votre sécurité compte. Avisez votre responsable. Notez ce que vous voyez : l’heure, la description de la personne, la voiture si vous la voyez. La police s’en servira.

    Si la fraude a déjà eu lieu, il faut agir vite aussi. Le résident appelle sa banque au numéro inscrit au dos de sa carte, pour bloquer ce qui peut l’être. Il signale la fraude au service de police local, puis au Centre antifraude du Canada, par téléphone ou en ligne. Même sans perte d’argent, on signale : chaque signalement aide à arrêter les fraudeurs.

    Après une fraude, le résident a souvent honte. « Comment ai-je pu me faire avoir ? » Rassurez-le : ces fraudeurs sont des professionnels, et des gens de tous âges se font prendre. Évitez le « vous auriez dû vous méfier ». Et respectez sa vie privée : c’est à lui de décider d’en parler ou non à sa famille. La résidence, elle, doit être informée, pour le protéger.

    Parfois, ce n’est pas un inconnu. Un fils qui vide le compte de sa mère, une nièce qui a sa procuration et ne lui laisse plus rien, un nouvel ami qui l’accompagne à la banque. Quand l’exploitation vient d’une personne de confiance, ce n’est plus une fraude : c’est de la maltraitance matérielle ou financière. Elle se signale comme toute maltraitance : sans délai, au responsable, selon la procédure, sans enquêter vous-même.

    Et si le résident est sous tutelle, ou que son mandat de protection a été homologué ? Le Curateur public reçoit aussi les signalements d’abus financier pour ces personnes, jour et nuit. Le responsable de la résidence saura qui joindre. Votre rôle à vous reste le même : remarquer, noter les faits, et le dire.

    Revenons au hall. Vous vous asseyez près de monsieur Bergeron, vous lui expliquez le stratagème, il appelle sa fille, qui rappelle son petit-fils : il va très bien. Le messager arrive : vous appelez le 911, sans le confronter, et vous avisez le responsable. Retenez : interrompre, rappeler un numéro connu, 911 si une remise est en cours, soutenir sans juger, signaler. Place à la vérification.

    • Interrompre calmement ; rappeler le proche ou la banque à un numéro connu.
    • Remise d’argent en cours : 911 ; ne rien remettre, ne pas confronter.
    • Après : banque, police locale, puis Centre antifraude du Canada (1 888 495-8501).
    • Soutenir sans juger ; le résident décide d’en parler à sa famille.
    • Un proche qui exploite : maltraitance financière, à signaler sans délai.

L’enveloppe de monsieur Bergeron

Vous travaillez à la réception d’une RPA de cent logements. Monsieur Bergeron, 83 ans, autonome et en pleine possession de ses moyens, gère lui-même ses finances. Ce matin, à dix heures trente, il arrive au comptoir, pâle et pressé.

Fraude et exploitation financière — l’essentiel en une page

Quatre signaux

  • Urgence : il faut agir tout de suite
  • Secret : « ne dis rien à personne »
  • Paiement inhabituel : comptant, cartes-cadeaux, cryptomonnaie, virement
  • Messager ou visite pour récupérer l’argent ou la carte

Ce qu’un vrai policier ou banquier ne fait jamais

  • Demander de l’argent pour une caution ou une enquête
  • Venir chercher une carte bancaire
  • Demander un NIP, un mot de passe ou un code reçu par texto
  • Exiger un paiement en cryptomonnaie ou en cartes-cadeaux

Mes règles

  • Jamais l’argent, la carte ni le NIP d’un résident
  • Aucun don, legs, prêt ni cadeau de valeur
  • Aucun visiteur non annoncé pour de l’argent : je vérifie
  • Respecter ses choix, sans fermer les yeux

Fraude en cours

  • Interrompre calmement, expliquer le stratagème
  • Rappeler le proche ou la banque à un numéro connu
  • Remise en cours : 911 ; ne rien remettre, ne pas confronter
  • Aviser le responsable ; noter l’heure et la description

Après

  • Soutenir sans juger
  • Banque au numéro au dos de la carte, police locale
  • Centre antifraude du Canada : 1 888 495-8501 ou signalercyberetfraude.canada.ca

Un proche qui exploite

  • C’est de la maltraitance financière : je signale sans délai au responsable
  • Personne sous tutelle ou mandat homologué : Curateur public, 1 844 LECURATEUR

Urgence, secret, paiement inhabituel, messager : un seul signal suffit. On raccroche, on rappelle un numéro connu, on en parle.

En cas de doute : Ne remettez rien, avisez votre responsable, et appelez le 911 si une remise d’argent est en cours.

Astuces de terrain

1
Le mot-code familial

Suggérez aux résidents de convenir avec leurs proches d’un mot-code, de vive voix, à demander lors d’un appel urgent.

2
Raccrocher n’est pas impoli

Devant un appel pressant, le bon réflexe est de raccrocher et de rappeler soi-même un numéro connu. Rappelez-le aux résidents.

3
Le numéro au dos de la carte

Pour joindre sa banque, le résident utilise toujours le numéro inscrit au dos de sa carte, jamais celui d’un message.

4
Les visites inhabituelles

À la réception, signalez au responsable les visiteurs inconnus pressés, les taxis répétés vers la banque ou les livraisons inhabituelles.

5
La phrase pour refuser

« Merci, ça me touche beaucoup, mais je n’ai pas le droit d’accepter. Votre sourire me suffit. »

Ressources

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